"Les Portugais n'apprécient pas toujours leurs trottoirs. Ce sont souvent les étrangers de passage qui sont admiratifs de cet art", souligne Jorge Duarte, l'un des derniers paveurs de Lisbonne souvent appelés les "orfèvres du sol" de Lisbonne.
Avec sa vingtaine de collègues il est chargé d'entretenir des dizaines de kilomètres de trottoirs de la capitale portugaise, l'une des grandes attractions de Lisbonne.
Ces chaussées traditionnelles, véritables oeuvres d'art en plein air, qui se déroulent sous les pieds des passants remontent au XIXème siècle, sont devenus l'une des images de marque de la capitale au même titre que le fado ou les électrico.
Les motifs souvent maritimes -- cordages, vagues, motifs arabesques -- évoquent l'âge d'or des découvertes portugaises (fin XVe-XVIème siècle).
Le château Saint-George, perché sur l'une des sept collines de Lisbonne, est le premier lieu à avoir été pavé suivant "le principe de la chaussée artistique". L'idée est partie du gouverneur du château qui a fait appel aux forçats pour ce travail. Le succès a été tel qu'on lui a demandé de paver le Rossio, la place principale de Lisbonne. Le reste des villes du pays et des anciennes colonies (Asie, Amérique, Afrique) ne tarderont pas à l'adopter.
Aujourd'hui, les coupes budgétaires visant les municipalités, dans le cadre des mesures de rigueur mises en oeuvre au Portugal, menacent cette tradition.
"La tendance est de réduire la chaussée artistique", a indiqué une responsable de la mairie. Un mètre carré de chaussée artistique revient à environ 90 euros contre 10 euros pour un mètre carré sans motifs.
Jorge Duarte, au teint hâlé par des années de travail passées au grand air, regrette de son côté de ne pas voir arriver la relève.
Pourtant, la mairie affirme qu'elle s'apprête à ouvrir une nouvelle formation de paveurs, la première depuis 2007. Mais il peine à y croire.
La brigade de paveurs de Lisbonne
L'étendue des trottoirs de Lisbonne est telle que "la brigade de paveurs lisboète" ne peut à elle seule entretenir l'ensemble des trottoirs de la capitale.
"Souvent il est fait appel à des ouvriers du bâtiment, qui ont quelques notions du pavage artistique, mais le résultat n'est pas satisfaisant. Les pierres mal assemblées, trous, bosses sont fréquents, explique Nuno Serra, responsable de l'éole de paveurs et jardinage de Lisbonne.
La mairie a du mal à recruter, car le métier est peu attractif. Peu payé, à peine plus de 700 euros, le métier manque de reconnaissance sociale et surtout il est dissuasif en raison de sa pénibilité.
"Il faut être assis ou à genoux toute la journée. Les paveurs ont souvent des problèmes de santé, au niveau de la colonne vertébrale, des cervicales, des genoux...", affirme M. Duarte
La calçada aux quatre coins du monde
Les calceteiros lisboètes reconnus pour leur savoir-faire unique sont régulièrement sollicités à l'étranger, particulièrement dans les anciennes colonies portugaises ou dans ceux où se trouve une communauté portugaise.
"Brésil, Sao Tomé et Principe, Cap-Vert, Timor et même en France, je beaucoup voyagé", observe José Costa, un autre paveur lisboète.
"Souvent on nous demande de travailler sur des projets ponctuels ou de dispenser des petites formations sur place", renchéri Jorge Duarte, qui rentrait fin juin de Rio de Janeiro.
La municipalité brésilienne a sollicité le savoir-faire de ces ouvriers portugais pour réaliser, sur l'un des trottoirs de la ville, un QR code, une sorte de code barre sur les Jeux Olympiques de 2016 dont les informations peuvent être déchiffrées par les passants à partir d'un appareil numérique.
Par ailleurs des sociétés ont récupéré et réinventé ce savoir-faire. CalX par exemple a trouvé le moyen d'exporter la calçada en panneaux transportables. C'est peut être le salut de cet art?
LF.
A écouter sur France Inter:
http://www.franceinter.fr/emission-lactualite-du-bout-du-monde-les-trottoirs-artistiques-de-lisbonne-menaces-par-les-politique
Diffusé le 27 06 2013
A lire également:
http://www.liberation.fr/monde/2013/06/24/lisbonne-les-trottoirs-artistiques-menaces-par-la-rigueur_913297
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