Miguel Brito Gonçalves est le patron du restaurant
"taberna Tosca Sao Paulo", qui associe cuisine traditionnelle et
moderne, dans une partie du quartier de Cais do Sodré, où cohabitent toxicomanes
et prostituées.
A la rentrée 2013, il a décidé d'accrocher l'inscription
suivante à l'entrée de son restaurant: "Si vous avez faim, venez nous voir
entre 16 et 17H. Nous donnons à manger".
Avec cette initiative, cet ancien publicitaire d'une
quarantaine d'années s'est attiré la sympathie des gens du
quartier. Mais il ne veut surtout pas que ce soit interprété comme un moyen de
se faire de la publicité.
Témoignage:
"Cette inscription est une manière d'aider les gens qui
ont honte de s'adresser à nous. C'est aussi une manière d'organiser cette
initiative. Je peux aider les gens mais dans l'horaire stipulé (entre 16 et
17H), après avoir servi les clients à midi.
Nous sommes dans un quartier où il y a de nombreuses
prostituées et de nombreux toxicomanes. Ils venaient souvent frapper à notre
porte pour nous demander de la nourriture. Je donne toujours. Je suis peut être
l'un des seuls à avoir accrocher l'inscription à l'entrée, mais je sais qu'il y
a beaucoup de restaurants qui donnent aussi...
Ils ne viennent pas tous les jours. Ils ont peur de donner
l'impression d'abuser. Souvent ils cherchent à être généreux à leur tour avec
moi...
Il existe aussi au Portugal l'initiative appelée "les
cafés suspendus" ou les repas suspendus": un client laisse un repas
payé pour quelqu'un dans le besoin. Il règle deux repas, le sien et celui
destiné à aider quelqu'un qui frappera à la porte du restaurant pour demander
de l'aide.
Cette initiative est aussi une manière de m'intégrer dans le
quartier. Il y a beaucoup de personnes différentes. C'est ce qui fait aussi la
richesse de ce quartier.
Si je peux intervenir pour aider la communauté dans laquelle
je m'insère je dois le faire pour que les choses se passent bien. Leur méfiance
à mon égard a disparu. Il y a un respect mutuel.
Ce son surtout des toxicomanes, des prostituées du quartier
qui viennent demander à manger, des sandwichs ou des repas à emporter".
Dora, une prostituée du quartier de 49 ans, les paupières
recouvertes d'un bleu intense, raconte qu'elle est dans le besoin, mais la honte
l'a empêché pour l'instant de de franchir le pas et de frapper à la porte du
restaurant.
"J'ai pas encore eu recours à la générosité de Miguel,
mais les choses vont si mal que je ne l'exclus pas... Je vis avec ma mère dans
la maison qu'elle loue depuis plusieurs années. Elle m'aide, me nourrit, m'héberge.
On vit de la retraite de mon père...
J'ai de graves problèmes de santé. Je suis suivie dans un
hôpital psychiatrique depuis une vingtaine d'année.
J'ai très peu de clients actuellement. Je passe ici des journées
entières à attendre sans rien faire...
J'ai honte d'aller au restaurant demander à manger. Parfois
j'ai faim, mais j'ai honte..."