vendredi 25 octobre 2013

Un restaurateur solidaire à Lisbonne





Miguel Brito Gonçalves est le patron du restaurant "taberna Tosca Sao Paulo", qui associe cuisine traditionnelle et moderne, dans une partie du quartier de Cais do Sodré, où cohabitent toxicomanes et prostituées.

A la rentrée 2013, il a décidé d'accrocher l'inscription suivante à l'entrée de son restaurant: "Si vous avez faim, venez nous voir entre 16 et 17H. Nous donnons à manger".

Avec cette initiative, cet ancien publicitaire d'une quarantaine d'années s'est attiré la sympathie des gens du quartier. Mais il ne veut surtout pas que ce soit interprété comme un moyen de se faire de la publicité.

Témoignage:
"Cette inscription est une manière d'aider les gens qui ont honte de s'adresser à nous. C'est aussi une manière d'organiser cette initiative. Je peux aider les gens mais dans l'horaire stipulé (entre 16 et 17H), après avoir servi les clients à midi.

Nous sommes dans un quartier où il y a de nombreuses prostituées et de nombreux toxicomanes. Ils venaient souvent frapper à notre porte pour nous demander de la nourriture. Je donne toujours. Je suis peut être l'un des seuls à avoir accrocher l'inscription à l'entrée, mais je sais qu'il y a beaucoup de restaurants qui donnent aussi...

Ils ne viennent pas tous les jours. Ils ont peur de donner l'impression d'abuser. Souvent ils cherchent à être généreux à leur tour avec moi...

Il existe aussi au Portugal l'initiative appelée "les cafés suspendus" ou les repas suspendus": un client laisse un repas payé pour quelqu'un dans le besoin.  Il règle deux repas, le sien et celui destiné à aider quelqu'un qui frappera à la porte du restaurant pour demander de l'aide. 

Cette initiative est aussi une manière de m'intégrer dans le quartier. Il y a beaucoup de personnes différentes. C'est ce qui fait aussi la richesse de ce quartier.

Si je peux intervenir pour aider la communauté dans laquelle je m'insère je dois le faire pour que les choses se passent bien. Leur méfiance à mon égard a disparu. Il y a un respect mutuel.

Ce son surtout des toxicomanes, des prostituées du quartier qui viennent demander à manger, des sandwichs ou des repas à emporter".

Dora, une prostituée du quartier de 49 ans, les paupières recouvertes d'un bleu intense, raconte qu'elle est dans le besoin, mais la honte l'a empêché pour l'instant de de franchir le pas et de frapper à la porte du restaurant.

"J'ai pas encore eu recours à la générosité de Miguel, mais les choses vont si mal que je ne l'exclus pas... Je vis avec ma mère dans la maison qu'elle loue depuis plusieurs années. Elle m'aide, me nourrit, m'héberge. On vit de la retraite de mon père...
J'ai de graves problèmes de santé. Je suis suivie dans un hôpital psychiatrique depuis une vingtaine d'année.
J'ai très peu de clients actuellement. Je passe ici des journées entières à attendre sans rien faire...

J'ai honte d'aller au restaurant demander à manger. Parfois j'ai faim, mais j'ai honte..."






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