Joao Ferreira do Amaral, un économiste portugais défend dans un livre à succès la sortie du Portugal de l'euro et le retour à l'escudo, l'ancienne monnaie nationale.
D'après lui, la zone euro n'a été en rien bénéfique. Cela a encore empiré depuis que le pays bénéficie depuis deux ans d'un programme d'assistance financière de l'Union européenne et du Fonds monétaire international en échange d'un programme de rigueur draconien destiné à assainir ses finances. Cette cette cure d'austérité, appliquée depuis deux ans, a aggravé la récession et fait exploser le chômage qui avoisine le taux record de 18%.
Connu au Portugal pour ses positions anti-euro, la notoriété de cet économiste remonte aux années 90 quand, en tant que conseiller du président socialiste Mario Soares, il s'était opposé à l'entrée du pays dans la zone euro, réalisée début 1999 après son intégration à l'UE en 1986.
Contre toute attente, ce livre qui s'intitule "Pourquoi devons nous quitter l'euro" (Porque devemos sair do Euro), paru en avril et qui, vendu en un mois à 8.000 exemplaires, est un succès de librairie.
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Pourquoi nous devons sortir de la zone euro. C'est le titre de votre livre. Alors pourquoi?
Je suis convaincu que d'une manière ou d'une autre on sera confronté à la sortie de l'euro
Nous avons une structure peu compétitive et l'euro est une monnaie forte. Une économie peu compétitive, avec une monnaie forte, ne peut pas croître. C'est ce qui s'est produit au Portugal.
Depuis que nous avons adopté l'euro, cette monnaie s'est envolée, si bien que nos exportations ont peu augmenté et les importations ont explosé.
Votre position sur l'euro n'est pas nouvelle?
J'ai été contre l'entrée dans l'euro dans les années 90, car j'estimais déjà que cela allait affecter la structure productive du pays. D'ailleurs, peu de gens pensaient que nous pouvions entrer dans la zone euro...
Comment l'expliquez-vous?
On a assisté à une désindustrialisation rapide. L'industrie ne représente plus aujourd'hui que 13% du PIB environ. Pour que le pays renoue avec la croissance, nous devons investissement massivement dans l'industrie, le tourisme. Cela ne pourra se faire que si on encourage les investisseurs. La meilleure manière de les inciter à investir est de procéder à une dévaluation de la monnaie. Cela permettra de créer de l'emploi et à la population d'améliorer son niveau de vie.
Une sortie de l'euro aurait aussi très conséquences négatives?
Le principal aspect négatif serait l'inflation. Mais l'inflation ne veut pas forcément dire un recul du niveau de vie. Cela peut même être le contraire...
Les revenus dépendent de la croissance économique. Or, cette inflation serait compensée par la croissance.
La consolidation de la dette externe va bénéficier de cette sortie de l'euro également. Car elle permettra à notre économie de croître, ce qui apportera plus de recettes en euros.
On assiste aujourd'hui à une véritable perte du pouvoir d'achat. Les retraités ont vu leurs retraites baisser de l'ordre de 20%, sans pour autant que l'économie soit en mesure de croître.
Comment se ferait cette sortie de la zone euro?
Il faudrait une sortie ordonnée, précédée d'une négociation avec les responsables de Bruxelles. Cette sortie serait bien évidemment soutenue par les gouvernements de l'Union européenne, la Commission européenne et la Banque centrale européenne (BCE).
D'ailleurs, le rôle de la BCE est fondamental. Il est souhaitable qu'elle continue de financer les banques pendant quelque temps.
Le Portugal devrait sortir quand?
Cela devra se faire quand la zone euro sera stabilisée, dans deux ou trois ans à mon avis. La zone euro ne peut pas continuer longtemps comme ça, sinon elle risque d'imploser. Il faudra bien qu'elle se stabilise rapidement.
Pour vous, c'est vraiment la seule solution?
Cette sortie est inévitable. Notre économie n'a plus d'issue. Nous n'avons plus de capacité de croître, de consolider notre budget ... et le chômage continue de progresser de manière inquiétante.
Nous avons atteint la limite. Nous n'avons plus les moyens d'assainir nos finances et de réduire le déficit public. Nous sommes dans la situation suivante: si le gouvernement augmente les impôts il n'a plus de recettes. S'il coupe dans les dépenses publiques, cela va aggraver la récession et par conséquent creuser le déficit.
Pour autant, selon vous quitter la zone euro ne veut pas dire quitter l'Union européenne...
Nous devons continuer dans l'Union européenne. Cela nous permet de continuer à bénéficier des règles progrès de la communautés européenne, sur la non discrimination par exemple...
Je pense qu'il ne faut pas tarder. C'est un peu comme la qui n'a pas voulu décoloniser, car elle avait peur des conséquences. Le régime s'est alors engagé dans une guerre coloniale, dont les spécialistes militaires ne voyaient pas d'issue favorable.
La décolonisation a fini par avoir lieu, dans de très mauvaises conditions. Aujourd'hui, c'est un peu la même chose. Le gouvernement poursuit une politique d'austérité sans avenir. Si nous continuons comme ça, nous devrons gérer la sortie dans des conditions plus difficiles.
Est-ce que cette recette devrait s'appliquer à d'autres pays également?
Vu de l'extérieur, je pense qu'il y a d'autres pays qui devraient aussi quitter la zone euro, sans pour autant que cela entraîne une désagrégation de l'UE.
En revanche, je pense que l'Espagne devrait rester dans la zone euro. Ils ont une structure économique beaucoup plus solide que la nôtre.
Vous adressez de fortes critiques au modèle social de l'UE?
Le modèle européen a été fait pour détruire l'Etat social. Le traité de Maastricht ne fait aucune mention du chômage. La politique économique y est uniquement vue comme une manière d'assurer la stabilité des prix. Rien n'est dit sur la politique de change...
Votre opinion reste minoritaire. Comment votre livre a-t-il été accueilli?
Les réactions ont été positives. Il y a une plus grande ouverture pour débattre de cette question. C'est la fin de ce tabou. Et pas seulement au Portugal.
Propos recueillis par LF.

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