Mario Centeno, le "Ronaldo" de la finance
Le parcours du ministre des Finances portugais Mario Centeno, qui s'est fait un nom en deux ans sur la scène politique européenne grâce au spectaculaire redressement qu'a connu le Portugal, lui a déjà valu par certains le surnom du "Ronaldo" de la finance.
C'est en marge d'une réunion à Bruxelles, en mai dernier, que l'ancien ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble évoque la star du ballon rond portugais Cristiano Ronaldo. La figure de l'orthodoxie budgétaire fait alors remarquer que l'ECOFIN, le conseil des affaires financières de l'Europe, dispose également de son étoile: le ministre Centeno.
Depuis cette anecdote, largement rapportée par les médias portugais, il a gagné le surnom de "Ronaldo" de l'économie.
Baisse du chômage, stabilisation des finances publiques, croissance économique en hausse: "nous avons respecté nos engagements. Et ça change tout!", s'était aussitôt félicité Mario Centeno. "Cela se reflète dans l'opinion, qui il y a quelques mois encore était malheureusement différente".
Pourtant, celui qui a succéder à Jeroen Dijsselbloem à la tête de l'Eurogroupe, était il y a deux ans de cela un parfait inconnu du grand public.
Rien ne prédestinait au départ cet économiste de 50 ans, cheveux poivre-et-sel, au regard profond souligné par des cernes creusées, à entrer au gouvernement socialiste d'Antonio Costa en 2015.
Un "libéral" à gauche
Volontiers taxé de "libéral", son choix pour préparer le programme économique du gouvernement de M. Costa, puis pour négocier avec les deux partis d'extrême gauche qui forment la coalition gouvernementale, surprend.
C'est l'actuel ministre du Travail, José Antonio Vieira da Silva, qui le présente à Antonio Costa en vertu de ses compétences économiques sur le marché du travail portugais.
Néanmoins, sa vision du marché du travail ne respecte pas vraiment la doctrine du PS. Il est favorable à une plus grande flexibilité du marché de l'emploi, estimant qu'il y avait une disproportion entre les droits des salariés plus âgés, excessivement protégés par un code du travail rigide, et les jeunes travailleurs qui subissent de plein fouet les conséquences de ces archaïsmes.
Pour encourager l'emploi, il défend plusieurs mesures parmi lesquelles le contrat unique.
Bien qu'élu au Parlement sous l'étiquette PS lors des dernières élections législatives en 2015, il n'adhère pas au parti, préférant garder ses distances. Pour autant, il n'hésite pas à mettre de côté ses idées les plus décriées à gauche.
"Il a une vision humaniste du marché du travail", tient à préciser l'actuel ministre de l'économie Manuel Caldeira Cabral, qui définit cet amateur de rugby comme une personne qui "défend avec passion ses positions et ses idéaux sans craindre la polémique".
Famille et Benfica
De son côté, Centeno réfute l'étiquette de "libéral", répliquant qu'il porte une pensée économique de "fusion". "La seule chose qui me définit c'est ma famille et le Benfica", plaisante-t-il.
Né à Olhao, dans le sud du Portugal, il est le deuxième enfant d'une fratrie de quatre garçons. Fils d'un employé de banque et d'une fonctionnaire de la poste, élève brillant, il quitte l'Algarve à l'âge de 15 ans, pour poursuivre ses études à Lisbonne.
Il sort diplômé de l'Institut supérieur d'économie et de gestion (ISEG), et s'envole pour les Etats-Unis en 1995 où il fréquente la prestigieuse université d'Harvard. Il apprécie particulièrement la microéconomie, qui marque un tournant dans sa réflexion.
"Je suis devenu beaucoup plus sensible aux liens entre l'économie et les personnes", explique-t-il. "Parfois, la macroéconomie oublie qu'il y a des personnes de l'autre côté".
En 2000, il rentre à Lisbonne avec son épouse et ses trois enfants. Il devient économiste à la Banque du Portugal, avant de devenir directeur adjoint du département des études économiques, poste qu'il a occupé jusqu'en 2013, avant de se consacrer à l'eneignement universitaire.
"C'était un jeune homme calme, affable, intelligent et techniquement bien préparé", se rappelle Luis Campos e Cunha, ancien vice gouverneur de la Banque du Portugal.
Lévi Fernandes

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